Danse Serpentine

– Danse Serpentine –

La danse d’un sac plastique sous l’effet d’un vent tourbillonnant. C’est l’une des images frappantes du film de Sam Mendes, American Beauty (1999). Simplement filmé à l’aide d’une caméra vidéo amateur, cet objet inanimé et trivial prend vie sous nos yeux et semble être doué d’une volonté propre.

Certains éléments du travail du sculpteur de l’air Daniel Wurtzel font écho à cette scène. Par un procédé aérien et poétique, l’artiste new yorkais élève des matériaux textiles ou des éléments naturels et légers tels le sable, des plumes, des ballons, le feu…

Lorsqu’il anime de grands tissus soyeux et vaporeux dans sa performance intitulée “Pas de Deux”, Wurtzel nous donne l’impression d’assister à un ballet romantique et voluptueux, deux âmes libres qui se prêtent au jeu de la séduction, dansant ensemble, s’entremêlant puis se séparant dans une tornade douce et éthérée.

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A l’aide de ventilateurs réglés minutieusement, l’artiste crée en effet un courant d’air alterné par lequel l’objet s’articule et s’élève, vole, danse, retombe puis s’élève à nouveau dans l’espace. Ce procédé mécanique très contrôlé donne cependant l’impression que les tissus sont doués d’une conscience propre, que leurs mouvements imprévisibles et aléatoires traduisent une vitalité d’autant plus hypnotique qu’elle va à l’encontre de ce que l’on attribue généralement à la matière inanimée.

On peut alors se demander quelle est la différence, pour le spectateur, entre l’interaction poétique de deux danseurs qui s’entrelacent, se rapprochent, s’éloignent, se touchent de nouveau dans cette belle parade amoureuse, et le même ballet interprété mécaniquement par deux grandes étoffes légères et délicates?

Le spectacle qui se déroule sous nos yeux est finalement le même, celui d’une histoire d’amour éternelle, tantôt fougueuse, parfois lascive, toujours passionnée.