Solitude

– Solitude –

Le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme tout autre agitation la plongeait dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu, mais renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisait pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser…

Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire

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© Rob Chiu / Matias Boucard

Deux ans avant sa mort, le philosophe des lumières Jean-Jacques Rousseau s’isola pour écrire et dépeindre les jouissances et regrets ayant ponctuées sa vie à travers une dizaine de promenades, dont la dernière restera inachevée.

Le penseur, blessé par la société des hommes, passe ainsi de longs moments à se morfondre. Il nous fait également part des ravissements éphémères de son existence: la contemplation de la nature, l’observation de la tendresse, la spontanéité vulnérable et authentique des jeunes enfants sont autant d’objets qui nourrissent sa mélancolie.

© Rob Chiu / Matias Boucard

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Rousseau ne destinait pas ces écrits tardifs à la publication. Ils étaient au contraire un moyen – inédit pour l’époque – de mieux comprendre les errances de son esprit. Précurseur du romantisme, Rousseau nous plonge ainsi dans la solitude de l’âme à travers la contemplation de ses doux et vifs souvenirs. Certains de ces paysages littéraires nous font oublier notre corps et nos pensées, exaltent nos sens et nous incitent à la rêverie.

© Rob Chiu / Matias Boucard

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Car si la solitude est parfois angoissante, se laisser aller au vide qu’elle nous offre possède bien des avantages: oublier ce qui nous entoure pour mieux se retrouver soi-même; contempler nos pensées et sentiments en profondeur. Créer cet espace de liberté pour mieux retrouver les autres, nos proches et nos aspirations.

Une simple rêverie, même en compagnie des autres, est souvent un moment de solitude que l’on ne choisit pas. C’est pourtant par ce lâcher-prise éphémère que les rêveurs révèlent leur humanité.

© Rob Chiu / Matias Boucard

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Une attention des tous les instants est en effet inhumaine de même qu’une solitude extrême, une folie. Les vrais rêveurs, bien au contraire, savent s’absenter de ce monde matériel pour mieux y revenir, avec une attention nouvelle, un esprit aéré.

© Rob Chiu / Matias Boucard

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Cette complémentarité est l’équilibre parfait d’une vie stable et heureuse: de “petites recréations pensives” pour mieux atteindre ses rêves dans la réalité en compagnie de l’amour des autres.